L'interview

ITW novembre-décembre

Karine Peignaud

Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ? 

Je suis Karine Peignaud, actuellement directrice de l’association Jazz Pyr’ et du festival d’altitude Jazz à Luz depuis 2021. Avant celà, je travaillais déjà pour l’association en tant qu’administratrice et ce depuis 2004.

J’ai commencé par faire un DUT technique de commercialisation, ce qui m’aide beaucoup aujourd’hui en tant que directrice d’une petite entreprise culturelle. A l’issue de cette formation, je n’ai pas souhaité emprunter la voie classique du commerce en travaillant par exemple au sein d’une banque, d’une agence d’assurances ou d’une grande surface. J’ai préféré poursuivre dans

des études dédiées aux métiers de la Culture.

J’ai donc enchaîné en faisant un master dans une école en ingénierie culturelle, à l’IUP Denis Diderot de Dijon en Bourgogne dont je suis originaire et où l’on enseigne différents aspects des métiers de la culture avec des stages en entreprises. Aujourd’hui je travaille dans la musique, c’est ce qui me porte, mais j’aurais très bien pu exercer dans le théâtre, le cirque, la danse ou la muséologie.

 

C’est quoi l’histoire de Jazz à Luz ? 

Jazz à Luz est un festival de musiques de jazz contemporain et de musiques improvisées qui «flirtent » avec l’expérimentation et l’innovation. Il est également très ouvert sur les musiques dites actuelles et aime à dire aussi qu’il est ouvert sur les musiques du futur.

Il est porté par l’association Jazz Pyr’, composée d’une dizaine de membres bénévoles qui assurent sa gouvernance. Il a lieu pendant quatre jours au mois de juillet et présente plus de 30 concerts. On y privilégie à la fois l’écoute et le lâcher-prise. Le festival s’organise dans plus d’une quinzaine de lieux et de scènes différents de la vallée du Pays Toy.

Son président depuis l’origine est Jean-Pierre Layrac. C’est lui le créateur du festival, projet phare de l’association Jazz Pyr’. À l’époque de la création, au début des années 90, il travaillait à Tarbes au sein de l’entreprise France Télécom. Ce sont les élus de Luz-Saint-Sauveur qui ont répondu favorablement à l’appel de Jean-Pierre et d’un groupe de Tarbais et habitants du Pays Toy passionnés de musique pour accueillir ce festival atypique sur leur commune.

Beaucoup de projets culturels sont nés grâce à des initiatives citoyennes, et pas seulement grâce à des professionnels formés, comme moi par exemple. Je dis ça car l’association est très attachée au fait de transmettre et de sensibiliser à ces questions d’engagement associatif. C’est grâce à des hommes et des femmes issus de la société civile, comme celles et ceux qui ont inventé Jazz à Luz en 1991, que l’on peut faire vivre de véritables projets culturels de territoire sur le long terme.

Jazz à Luz fêté ses 35 ans en 2026 !
Il rayonne à présent au niveau national et international de par sa programmation. Sa réputation s’est tissée au fur et à mesure des années grâce à ses partenaires institutionnels et aux habitants. Aujourd’hui, on partage et on co-construit des projets culturels autour et pendant le festival avec une multitude de socio-professionnels et de partenaires de notre territoire.

 

Quels sont les autres projets de l’association Jazz Pyr’ ? 

Depuis 2017, on a développé une saison à l’année avec des actions culturelles dites de territoires. Jazz Pyr’ s’est en effet positionné comme un acteur majeur oeuvrant en zone rurale de montagne qui porte un projet artistique ambitieux et certes exigeant, mais qu’il a envie de partager et de mettre à la portée de tout le monde, pour ceux qui aiment les musiques expérimentales ou pas d’ailleurs car les musiques proposées sont diverses avec Jazz Pyr’ !

L’association mène donc un important travail en direction de la jeunesse qui touche les publics de la petite enfance jusqu’aux jeunes adultes. On intervient auprès des enfants dans les écoles, dans les accueils de loisirs, dans les espaces jeunes ados et du foyer des jeunes travailleurs… les jeunes nous apportent beaucoup, que ce soit en tant que spectacteurs, bénévoles ou en tant que professionnels de la culture quand ils viennent travailler avec nous comme intermittent du spectacle.
Notre mission n’est pas simplement de diffuser des concerts. Même s’il est primordial de présenter le travail de création des artistes, de mettre en lumière celles et ceux qui recherchent, qui s’interrogent et expérimentent pour faire avancer l’art et la musique, dans notre cas, l’une des autres questions qui nous occupe est bien celle de savoir comment le travail des artistes, le spectacle vivant en général et les projets culturels de tout ordre peuvent se partager avec le plus grand nombre et comment convaincre que c’est essentiel pour bien vivre !

 

En novembre a lieu un nouveau temps fort jeunesse que tu organises avec l’association Jazz Pyr’. Peux-tu nous présenter le festival ? 

Du 24 au 27 novembre prochains, on organise un tout nouvel événement avec Jazz Pyr’ qui s’appellera « Tis’sons & tout ouïe » pour témoigner de nos différentes actions envers le public de la jeunesse et mettre en avant les créations artistiques jeune public que l’on accompagne en tant que producteur.

Il y aura notamment la compagnie A Noise avec Annoïe, artiste musicienne Bagnéraise qui présentera son spectacle La Nuit d’Elif, Julie Laderach du Collectif Aquitain Tutti avec son spectacle O Muse et pour continuer de mettre les femmes musicienne à l’honneur, nous proposerons de retrouver Cécile Thevenot autour de ses interventions musicales IIma.

Il y aura aussi des espaces de discussions et réflexions avec les publics, avec nos partenaires et les socio-professionnels de l’animation et de la jeunesse; autant de partenaires qui participent à notre projet « Jazz en marche jeunesse » dont les chantiers jeunes adolescents « Culture et patrimoine ».

 

Pour finir, quelles sont les valeurs que tu portes à travers ton travail et tes créations ? 

De par mon travail, je cherche à défendre et à valoriser la création artistique dans le respect de valeurs citoyennes qui me tiennent à cœur, mais qui doivent être en adéquation avec les changements sociaux, sociétaux et les transitions écologiques qui s’imposent en 2026.

Un autre de mes « chevaux de bataille », c’est de travailler sur cette question de l’égalité femmes-hommes, notamment dans le milieu professionnel. En effet, avec Jazz Pyr’, on essaie de tendre vers cette parité au sein de notre programmation artistique. Nous menons pour cela un vrai travail de recherche. Ça prend énormément de temps, mais les lignes sont en train de bouger…

Je pense que la culture permet de mener des « combats de société » à grande et à petite échelle. C’est une nourriture indispensable pour l’épanouissement personnel, qui peut être croisée avec tous les domaines d’activité, et c’est ça, la magie de l’art et de la culture : cette connexion avec le vivant. À Jazz Pyr’, on aime inventer des espaces de vie et de rencontre où les êtres humains réfléchissent, philosophent, partagent, ressentent, se parlent « en vrai » et s’amusent !

L'interview

ITW septembre-octobre

Bouziane Boutelja

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